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Texte de la conférence de presse du 6 avril 2011

CONFERENCE DE PRESSE DE Monsieur Bruno LE MAIRE, Ministre de L’agriculture, de la Pêche et de la Ruralité Le 6 avril 2011

Mesdames Messieurs,

Chère Marie Christine, Cher Philippe, Cher Michel,

Monsieur le Président de France Bois Forêt, Monsieur Jean Pierre Michel

Monsieur Perrin,  que je remercie tout particulièrement pour s’être associé à cet événement et à cette forêt à laquelle nous sommes tous particulièrement attachés,

 

Je suis désolé de vous infliger un discours de ministre,  en général on vient dans la forêt pour trouver de la sérénité et du calme, mais après tout, défendre la forêt passe aussi par quelques mots ministériels.

Je suis très heureux de participer à cette campagne de promotion « Merci la forêt organisée par France Bois Forêt sur la base de ces spots, que je salue pour leur qualité pédagogique et parce qu’ils sont convaincants. Je pense qu’ils participeront à la valorisation de l’utilisation du bois dans notre pays.

Vous savez que l’O.N.U  a classé 2011 année internationale des forêts et nous allons prendre un certain nombre de décisions, ce matin Monsieur le Président de la République en conseil des ministres a rappelé que nous allions engager la plantation  d’une forêt de 1000ha sur le grand Paris, témoignage très concret de notre attachement  au développement de  la forêt en France.

 

La France a toujours été, vous le savez tous, un grand espace de forêts, Jules César l’appelait « la gaule chevelue » non pas en référence à la longueur des cheveux de ses habitants  mais du fait du nombre  de ses forêts. Depuis les français ont gardé un attachement  profond à leur arbre et à leurs forêts  qui représentent 30% du territoire métropolitain soit 16 millions d’hectares auxquels s’ajoutent les 8 millions d’hectares de la forêt tropicale guyanaise.

 

Cette forêt est un atout pour la France, comme vous l’avez rappelé Monsieur le Président, elle est un atout qui n’est pas assez valorisé. Toute la question n’est pas de savoir si la forêt est bien ou pas bien, c’est une partie essentielle du territoire français et nous avons le devoir, l’exigence de mieux la valoriser. Ma responsabilité de Ministre en charge des forêts est précisément d’aider à cette revalorisation, qui veut dire des emplois, qui veut dire une activité économique et qui veut dire aussi, j’aurais l’occasion d’y revenir, une vraie transformation dans nos habitudes de consommation et peut être aussi dans nos habitats.

 

La forêt est avant tout un atout écologique majeur, elle joue un rôle essentiel en matière de lutte contre le réchauffement climatique, je rappelle qu’elle abrite, à elle seule,  80% de la biodiversité, je rappelle qu’elle est absolument essentielle au captage de carbone et qu’elle doit faire partie du calcul des rejets de carbone qui sont effectués par chaque Etat.

 

C’est aussi un atout économique  essentiel puisqu’en France  le bois compte 425 000 emplois, soit plus que l’industrie automobile. Je vais vous faire une confidence, car je suis toujours très frappé de la difficulté que l’on a à valoriser ce qui est fait par l’agriculture, la viticulture et la forêt, par ce qu’elle représente en terme d’emplois et de richesse nationale.

Chacun sait que je suis un fan d’automobile, et cela ne me dérange pas que l’on valorise l’industrie automobile, mais j’aimerais juste rappeler que la forêt c’est plus d’emplois que l’industrie automobile, que l’énergie que l’on met, légitimement à défendre  notre automobile,  doit aussi être  mise en œuvre pour défendre la filière bois et la valorisation de la filière bois. De la même façon  que l’on nous parle sans cesse d’Airbus  et de ses succès à l’exportation. Je suis très fier, comme tous les autres français que nous ayons Airbus à Toulouse et que nous ayons des avions qui s’exportent bien en Chine aux  USA ou ailleurs.

Je rappelle juste que l’excédent commercial lié à notre agriculture dans la balance commerciale extérieure est plus important que l’excédent lié à l’aéronautique 9 milliards d’euros pour la seule filière de l’agriculture dont 6 pour la viticulture ?

Je souhaiterais vraiment, ainsi que j‘ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises  que l’on remette l’agriculture, la forêt  à la 1ère place de nos préoccupations de nos investissements, de nos exigences  économiques  et en terme d’emplois.

 

La forêt n’est pas seulement un lieu d’espace et de vie, même si nous y  sommes tous attachés, mais c’est aussi des centaines de milliers d’emplois pour les français, c’est évidemment un élément clef de développement des territoires ruraux et je le dis en qualité de Ministre de la ruralité, et nous avons besoin de remettre de l’activité dans la ruralité. La forêt nous le savons tous peut être une solution. La forêt rend un nombre incalculable de services à notre société, services que l’on ne voit plus tant on y est habitué ; filtrage de l’air, filtrage de l’eau, protection des sols, protection des habitations en montagne contre les avalanches, et je pourrais multiplier les exemples de ce que nous apporte la forêt.

Je souhaite que l’on redise que la forêt est nécessaire et utile pour nous tous.

 

C’est aussi, évidemment un atout social, nous emmenons tous nos enfants se promener en forêt. Je confesse simplement que je vais plus souvent en visite en forêt de Fontainebleau qu’au château de Fontainebleau, on y trouve une sérénité que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Quand je suis dans l’Eure, je suis heureux de me promener dans la forêt de Lyons-la-Forêt, une des plus grandes hêtraies d’Europe si ce n’est pas la plus grande, on y trouve paix et sérénité.

 

Je crois que si France Bois Forêt a choisi d’intituler sa campagne « Merci la Forêt »  (je crois que c’est un très  bon titre) c’est une façon de reconnaître  les services essentiels  que la forêt rend à notre société.

Par ailleurs et je n’insisterais pas par peur d’être trop long,  la forêt fait partie de notre culture.

 

J’étais en Bretagne, il y a quelques temps, la Forêt de Brocéliande participe à la culture de la Bretagne. Quand je vais dans l’Eure, la forêt de Lyons-la-Forêt est un lieu de culture pour tous les normands, c’est aussi un haut lieu de la résistance qui a abrité des dizaines de résistants pendant la guerre de 40.

 

Je crois que nous avons tous  cet attachement culturel  auquel je voulais rendre hommage.

 

 

Si nous sommes tous d’accord pour valoriser la forêt, il reste encore à nous entendre sur les solutions à trouver. Il faut que  nous nous entendions  sur les moyens de valoriser la forêt. Je souhaiterais vraiment  que nous rassemblions nos forces au lieu de nous diviser pour valoriser la forêt.

Les divisions n’aideront pas la forêt, les divisions n’aideront pas les responsables  forestiers privés et publics à valoriser la forêt.

 

Nous sommes le 3ème massif forestier européen et nous avons une filière bois déficitaire de 5.4 milliard d’euros en 2009, c’est totalement inacceptable. Nous pouvons inverser la tendance ainsi que cela a été fait pour d’autres filières. Je ne vois pas pourquoi, nous n’arriverions pas à le faire avec la filière forestière. Quant on regarde l’Allemagne , je souhaiterais que l’on arrive à faire aussi bien , voire mieux,  en terme de compétitivité  que nos grands voisins allemands . L’Allemagne  a exactement  la même proportion  de forêt que la France  et pourtant l’Allemagne arrive à embaucher 175 000 emplois de plus soit 600 000 emplois dans la filière allemande, on doit pouvoir faire mieux.

 

Peut-on rejeter d’un revers de main 175 000 emplois dans la situation économique où nous nous trouvons, nous devons impérativement améliorer les choses. Comment peut-on faire. ?

 

1ère piste de travail :

Renforcer le tissu industriel pour valoriser le bois de nos forêts  dans les scieries, dans les  industries du panneau et l’industrie du papier.

Nous avons mis en place  « LE FONDS BOIS «   en 2009, qui répond à cet objectif .

Il est complété par les subventions d’investissement  ADIBOIS   et par des prêts d’OSEO  depuis cette année. Je verrais le Président d’OESO  prochainement pour lui rappeler toute l’importance que j’attache à ce qu’OSEO participe pleinement à cette valorisation du tissu industriel lié à la forêt.

 

Vous savez que cela relève parfois de quelques décisions de rachats de tarifs électriques pour la forêt.

 

2ème piste :

Développer les débouches dans la construction et l’énergie.

Des mesures importantes ont déjà été prises, le seuil d’incorporation du bois dans les constructions neuves a été multiplié par 10 et nous avons augmenté le tarif de rachat de l’électricité produite à partir du bois. Je me suis battu  lors d’une réunion interministérielle  à Matignon  pour que ces tarifs  permettent  de tenir compte des petites structures  et des petites scieries  et ne soient pas réservées  uniquement aux grandes infrastructures et c’est le ministre de l’aménagement qui vous parle. Je crois à la présence de cette activité sur tout le territoire et à notre capacité à maintenir des structures de taille modeste.

 

Dans ce développement de débouchés, je souhaite dire un mot sur l’aspect culturel qui à mon sens est très important. Je crois à l’avenir de la filière bois, les Français sont en train de changer, nous avons eu pendant des siècles une culture des maisons en pierre  mais je crois que les constructions en bois sont en train de devenir  de plus en plus convaincantes et les spots l’ont très bien dit pour l’isolation, la défense de l’environnement, la souplesse du matériau,  le bois est une solution intéressante.

Personnellement voir les maisons en bois se multiplier en France  plutôt que celles en parpaings de béton me fait plaisir. Une avancée dans cette direction me rendrait très heureux.

 

3ème piste de travail :

Il faut que nous passions d’une logique de confrontation à une logique de coopération et de dialogue au sein de la filière. Je ne crois pas que dans quelque filière que ce soit aux logiques de confrontation.

 

Quand je suis arrivé au Ministère il y a deux ans, j’avais un directeur de cabinet, Pascal VINE, il est tellement bien qu’il a été nommé à la direction de l’ONF, qui me disait un ministre de l’agriculture doit prendre bille en tête les industriels de l’agro alimentaire et la grande distribution pour être populaire auprès du monde paysan. J’ai toujours refusé cette logique. Je suis quelqu’un de simple, je suis partie d’une idée simple qui est que 89 % de la production française se trouvent sur les rayonnages de la distribution française.

En conséquence aller cogner contre la grande distribution ne me semblait pas l’idée la plus intelligente qui soit, on se fait plaisir 5 minutes et on le paye durant 5 ans. Je crois  des logiques de  coopération ce qui n’exclut pas les bras de fer et des propos parfois durs. Il y a encore quelques jours les industriels ont proposé des contrats aux producteurs laitiers que je juge inacceptable, j’ai dit aux industriels « revoyez votre copie ».

 

Pour autant  cela n’exclut pas des logiques de coopération, dans la filière bois  je le dis il faut mettre fin aux  querelles de clochers, il faut mettre fin aux divisions  entre les industriels, les producteurs, la forêt privée et la forêt publique . Les uns viennent me voir pour se plaindre des autres, il faut changer de logique et aller vers davantage de coopération.

Je ne veux pas être un séparatiste local ou régional, toutes les forêts doivent travailler ensemble.

L’idée de se retirer sur son Aventin que caressent certains n’est pas la bonne solution, j’en suis convaincu, je le dis comme ministre de l’agriculture qui a la responsabilité  de plusieurs filières, de plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissement européens et français. Je peux vous dire que du haut de ma petite expérience j’aborde cela avec beaucoup de modestie. Je sais que les interprofessions qui gagnent sont celles  qui sont rassemblées, les interprofessions qui perdent sont celles qui sont divisées. Je ne donnerais ni les noms, ni les chiffres chacun les a déjà en tête.

 

Si la viticulture a repris la première place  de la production mondiale en 2010 c’est parce que j’ai exigé le rassemblement de l’interprofession, parce que j’ai exigé que dans le Languedoc-Roussillon on passe de 14 interprofessions qui se divisaient et se critiquaient mutuellement,  à 4 et bientôt à une seule  comme dans le pays concurrent le Chili.

 

Je voudrais également alerter chacun avec beaucoup de gravité ne choisissez pas la voie de la division vous en pâtiriez tous ceux qui sortent comme ceux qui restent, choisissez la voie de l’unité c’est plus difficile et plus compliqué mais vous en sortirez gagnant et je compte sur France Bois Forêt pour favoriser le dialogue et retrouver l’esprit  d’unité. Je veux dire aussi que je suis à la disposition de chacun  pour retrouver la voie de l’unité.


4ème piste de réflexion

Nous devons encourager la gestion dynamique  de la forêt, ce qui passe par de nouvelles mesures  dans la loi de modernisation, je pense  à l’extension du plan 5 de gestion pour la majorité des forêts de plus de 25ha, permettre une meilleure programmation des coupes .

Je pense aux plans régionaux de développement forestier.

 

Je pense aussi à la mise en place du dispositif assurantiel qui a été rappelé par le Président, il a été difficile de l’obtenir de Bercy et de Matignon, nous devons impérativement le mettre en place.

Je connais parfaitement les critiques très techniques portées sur le sujet, je les écoute, j’ai l’habitude travailler les dossiers au fond, si jamais il y a des dispositions qui ne fonctionnaient pas, je serais le premier à le reconnaître et à demander les modifications pour qu’elles marchent et nous devons tenir bon  car il y va de l’intérêt de chacun.

Cette gestion dynamique  de la forêt, je le dis devant Pascal Viné, passe par la révision du contrat d’objectif qui aboutira en juillet 2011. Chacun doit prendre ses responsabilités sur ce sujet.

L’Etat, et le Ministre de l’Agriculture, prendra ses responsabilité, je tiens à dire avec beaucoup de gravité après avoir lu la presse ou les mauvaises informations se diffusent à la vitesse de l’éclair qu’il n’est pas question de remettre en cause ni le régime forestier, ni le régime de service public qu’assure l’ONF au bénéfice de nos communes. Il n’y aura pas de privatisation de l’ONF sous mon mandat, ni pour l’ONF, ni pour les communes forestières, je suis défavorable à cette voie  bien que les services de certains ministères  plaident en ce sens mais je sais que ce n’est pas la bonne direction, je suis donc défavorable à la privatisation de l’ONF et des forêts communales.

 

En retour je compte sur l’ONF et les communes forestières pour assurer l’équilibre financier du régime forestier et nous présenter des solutions qui puissent être acceptable et constructives.

Je souhaite également que les communes forestières soient associées à la gouvernance de l’ONF, j’engage donc leur représentant à signer le contrat d’objectif.

 

Voilà les pistes que je trace pour mieux valoriser la forêt, je redis que je suis à la disposition de chacun pour travailler sur des pistes et les rendre les plus efficaces possibles.

Je voudrais dire simplement, au-delà de ces objectifs économiques qui sont pour moi vitaux, qu’ils doivent permettre de trouver des revenus  et permettre de créer davantage d’emplois dans la filière.

 

Nous devons aussi bien comprendre que derrière la forêt il y a le défi du changement climatique.

Bien entendu pour un responsable politique, ce n’est pas forcément très porteur car l’arbre qu’il a planté ne donne, en général, des résultats que bien des années plus tard, c'est-à-dire à un moment où l’on est passé à autre chose ou fini sa carrière. En tout état de cause il voit rarement le résultat de sa politique forestière.

Cela n’interdit pas de faire de la forêt l’une des clefs de réponse au changement climatique.

 

Cela nécessite la mise en place d’une politique active de recherche-développement en gestion forestière et en sylviculture. Je suis tout à fait prêt à apporter mon aide sur ce sujet. Cela suppose, comme l’a dit le président de France Bois Forêt, de relancer  l’investissement forestier.

C’est un sujet délicat car dans la situation budgétaire actuelle, le soutien ne peut pas passer par un nouveau financement uniquement public dont je ne dispose pas. Il faut que nous trouvions d’autres éléments de solution, on peut inventer une méthode de rémunération des sylviculteurs pour leur contribution au stockage du carbone. Je ne vois pas pourquoi nous arriverions à le faire  pour l’élevage par exemple et pourquoi on ne pourrait pas le faire pour les forêts qui participent activement au stockage du carbone et qui mériteraient, à mes yeux, d’être rémunérées.

On peut également tirer parti de la biomasse forestière en approfondissant les partenariats avec les acteurs comme l’A.DE.M.E. ou le FONDS CHALEUR ;  quand il y a peu d’argent public comme actuellement, on doit pouvoir trouver  des financements de l’investissement ou au moins des sources complémentaires, et je suis prêt  à travailler encore davantage sur ce sujet avec vous.

 

Voilà les éléments que je voulais vous présenter. Vous voyez que la forêt a de très beaux jours devant elle, qu’elle est un élément clef de notre politique économique nationale, elle est source d’emplois, source de créativité, elle participe à une évolution culturelle de notre pays, car changer l’habitat c’est participer à un changement culturel.

 

Je tenais à vous remercier chacun et dire Merci à la forêt.

Compétitivité, Relocalisations, Emplois

FNB - Compétitivité - Relocalisations - Emplois - page1

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